Transcription
LE JOURNAL DU PARLEMENT - 21 mars 1985
Dans la coulisse du hors cote : T.E.A.M.
Paul Valéry disait - à peu près - qu’un esprit clair était le fait de quelqu’un qui pouvait faire comprendre aux autres ce qu’il ne comprenait pas lui-même.
Les analystes ou journalistes qui ont passé la journée du 5 mars avec M. Lapeyronie, père (président de TEAM) et avec M. Lapeyronie fils à visiter les installations de cette société à Verrières-le-Buisson et surtout à Troyes, ne saisissaient certainement pas très bien la complication des petites boites à eux présentées et qui, pour un peu plus de 60 % du chiffre d’affaires constituent l’activité de T.E.A.M. Peuvent-ils pour autant en faire comprendre l’importance ?
Ces boites contiennent de l’électronique destinée à gérer un certain nombre de fonctions à l’intérieur des avions, tels les que les transmissions phoniques, diverses fonctions mécaniques... L’électronique de ces boites incomprises - ou plutôt leur mini - mini électronique - doit être de nature particulièrement pointue, tenir le moins de poids et de volume possible, être d’une sûreté à toute épreuve (circuits doublés), résister aux parasitages les plus divers et... durer 30 ans, durée de vie moyenne d’un avion. Avec leur environnement et selon les appareils, elles correspondent à un chiffre d’affaires de 90 000 à 150 000 F par avion. Seules cinq sociétés exploitent ce « créneau » à travers le monde, mais T.E.A.M. paraît être exceptionnellement bien placée puisqu’elle est devenue au cours de ces dernières années le fournisseur de 90 pays environ (c’est souvent l’acheteur de l’avion qui commande certaines parties de l’équipement), et en particulier des U.S.A. auprès de Boeing et de la Hollande avec Fokker, sans parler des Airbus, des Mirage...
Après une longue période d’obscurité progressivement éclaircie, T.E.A.M. est parvenue à s’imposer un peu partout, grâce à deux qualités fondamentales : la durée de vie de ses productions et leur fiabilité, ces deux qualités étant de premier ordre puisqu’elles conditionnent elles-mêmes la sécurité de l’avion et la rapidité de sa manœuvre, étant attribuables d’autre part à un niveau technologique hors pair.
Or, on a l’impression qu’après des années de labeur acharné et plus ou moins récompensé jusqu’à présent, la société en est arrivée exactement au point où elle va déboucher enfin sur une belle carrière. Soit par le nombre des pays où elle a effectué une percée (gros espoirs en Chine par exemple), ou leur qualité industrielle (notamment en Allemagne), soit par l’irruption sur d’autres marchés ou d’autres productions non prévues au départ mais où la mini-électronique de pointe sous-tend d’autres fabrications (S.N.C.F., P.T.T. et CIT-ALCATEL, système de régulation de chauffage de grands ensembles, ou de surveillance...
T.E.A.M. offre ainsi la perspective d’un riche potentiel de développement.
Enfin ajoutons que T.E.A.M. a été introduite à la hors cote par les soins du C.I.I.B. (Centre d’informations et d’introductions boursières) dont on sait , ou l’on commence à savoir parmi les initiés, que sous la direction de M. Jean Salwa, les sociétés ainsi parrainées et introduites, ont fait préalablement l’objet d’un examen exceptionnellement attentif, y compris dans la personne de leurs dirigeants, avec lesquels une sorte de contrat de confiance a été préalablement passé avec le C.I.I.B. Et d’ailleurs l’évaluation de l’appréciation que fait la Bourse des sociétés ainsi introduites, le confirme largement.
Cela dit, il faut préciser que l’action T.E.A.M. (Télécommunications, électronique, aéronautique et maritime) a été introduite au hors cote le 25 avril 1984, qu’elle a démarré sur un cours premier de 700 F (demandes réduites), qu’elle vaut actuellement pas loin de 1 100 F, et qu’entre temps (juillet 1984) une augmentation de capital en espèces est intervenue (12 000 actions au nominal de 100 F émises à 670 F). De sorte qu’on a les données de base suivantes :
A l’introduction 48 000 actions, cotées en fait au delà de 700 F, disons 800 F, soit une capitalisation de 38 à 39 millions. Aujourd’hui 60 000 actions cotées (près de) 1 100 F soit une capitalisation de 66 millions.
Si de ces 66 millions on retire les 4 millions apportés par les actionnaires (augmentation de capital), on constate que la valorisation du capital investi initialement à 800 F a été de l’ordre de 18-19 millions soit proche de 50 %.
Apparemment l’estimation que la Bourse actuelle donne de cette affaire est très élevée : près de 90 millions de chiffre d’affaires probable pour 1984, un bénéfice net courant pour 1983 de 2 millions, un cash flow courant pour 1983 de près de 3 500 000 F (auxquels, il est vrai, il faudrait ajouter des frais de recherche et de développement relativement importants), et probablement pas de dividendes, en tout cas pas de dividendes importants, avant... un certain temps. Enfin des frais financiers d’environ 3 % du chiffre d’affaires...
Pourquoi donc alors des investisseurs consentent-ils à payer l’action à ce prix ? Et d’autant plus que ces acheteurs ne sont pas n’importe qui, mais plutôt des gens avisés éclairés par quelques analystes ?
Parce que ceux qui connaissent la société croient en ses possibilités, à la qualité de ses hommes, à celle de sa technologie et au débordement de celle-ci sur d’autres domaines que celui des fournitures pour l’aéronautique, en n’oubliant pas que même dans cette dernière activité, le renouvellement de l’avionique en cours actuellement un peu partout dans le monde, va offrir des possibilités largement augmentées...
1985 ne paraît pas devoir être une année extraordinaire, encore que l’expansion prévue du chiffre d’affaires soit de l’ordre de 12 % ; 1986 et 1987 devraient être de fortes années.
Acheter des actions T.E.A.M., c’est jouer sur des chances d’avenir et non sur l’immédiat, encore qu’un certain engouement annonce le marché (80, 100, 150 pièces par séance).