Réalisation CiiB

HÉLIOT : de l’introduction en Bourse au sauvetage par l’épargne publique

Deux opérations accompagnées par CiiB, en 1987 puis en 1995, pour financer et tenter de préserver un constructeur français de machines textiles

Entreprise accompagnée HÉLIOT
1987 Introductions en Bourse Levées de fonds Marchés & liquidité Redressement / développement
Industrie

Introduite par CiiB au Hors Cote de Nancy en 1987, HÉLIOT a fait l’objet en 1995 d’un appel public à l’épargne novateur destiné à reprendre son activité industrielle après sa liquidation judiciaire.

L’opération

Contexte et opération

Fondée à la fin du XIXe siècle et implantée à La Chapelle-Saint-Luc, près de Troyes, HÉLIOT était spécialisée dans la fabrication de machines destinées à la bonneterie, à la finition des articles chaussants et au traitement du tricot tubulaire.

L’entreprise figurait parmi les principaux constructeurs mondiaux de sa spécialité. En 1987, elle réalisait environ 80 % de son chiffre d’affaires à l’exportation et disposait notamment d’une filiale assurant son service après-vente aux États-Unis.

Le 21 octobre 1987, la société Maurice Héliot SA est inscrite au Hors Cote de la Bourse de Nancy avec l’accompagnement de CiiB. Trente pour cent de son capital sont proposés au public au prix indicatif de 115 francs par action. La première cotation intervient le 26 octobre 1987.

Cette ouverture du capital devait permettre à l’entreprise d’élargir son actionnariat et de préparer le renforcement de ses fonds propres. HÉLIOT supportait alors un endettement très élevé, représentant, selon l’article d’Investir, neuf fois ses capitaux propres. Une augmentation de capital était envisagée pour le printemps 1988.

Malgré cette première ouverture au marché, la société connaît ensuite d’importantes difficultés. Elle dépose son bilan le 12 octobre 1992, après une période marquée par de lourdes pertes et un endettement devenu difficilement soutenable. Sa liquidation judiciaire est prononcée le 3 avril 1995.

CiiB conçoit alors une opération particulièrement novatrice : au lieu de réserver la reprise à un investisseur professionnel, un appel public à l’épargne est organisé du 12 au 30 avril 1995 afin de permettre aux actionnaires existants, aux salariés et à de nouveaux investisseurs de participer au sauvetage de l’activité.

Une société holding destinée à contrôler la nouvelle société d’exploitation propose 60 000 actions au prix unitaire de 100 francs, soit une levée de fonds recherchée de 6 millions de francs. Le projet prévoit de consacrer 350 000 francs au rachat des actifs d’exploitation et le solde à la reconstitution des capitaux permanents de l’entreprise.

Cette opération, présentée comme une première en France, a obtenu le visa de la Commission des opérations de bourse. Elle illustre la possibilité de mobiliser directement l’épargne individuelle pour tenter de préserver une entreprise industrielle, son savoir-faire et ses emplois.
Accompagnement CiiB

Notre intervention et ses résultats

Rôle de CiiB

CiiB est intervenu à deux étapes importantes de l’histoire financière d’HÉLIOT.

En 1987, CiiB a accompagné l’inscription de Maurice Héliot SA au Hors Cote de la Bourse de Nancy et l’ouverture au public de 30 % de son capital. Cette opération devait apporter à l’entreprise une première visibilité boursière, faciliter les échanges d’actions et préparer un renforcement ultérieur de ses fonds propres.

En 1995, après la liquidation judiciaire de la société, CiiB a conçu et supervisé un appel public à l’épargne destiné à financer la reprise de son activité. Le montage reposait sur la constitution d’une holding appelée à contrôler intégralement une nouvelle société d’exploitation.

L’objectif était de permettre aux anciens actionnaires, aux salariés et à de nouveaux investisseurs de participer directement à la sauvegarde de l’entreprise, plutôt que de réserver sa reprise à un seul investisseur professionnel.

Cette opération, réalisée avec le visa de la Commission des opérations de bourse, constituait une initiative particulièrement novatrice pour l’époque et une première application de l’épargne populaire au sauvetage d’une entreprise industrielle en liquidation.

Résultat pour l’entreprise

À la suite de la liquidation judiciaire de Maurice Héliot SA en avril 1995, l’activité a été reprise au sein d’une nouvelle structure, Héliot International SA, créée en juin 1995.

Cette reprise a permis de poursuivre la fabrication de machines textiles avec une quarantaine de salariés. L’entreprise a été restructurée et a continué à commercialiser les machines de la marque HÉLIOT sur les marchés internationaux.

Des informations professionnelles publiées ultérieurement font état d’une période de redressement, avec une progression de l’activité et une reconstitution des fonds propres au cours des années suivant la reprise. Héliot International figurait encore parmi les exposants spécialisés dans les équipements pour la bonneterie au début des années 2000.

À partir de 2000, la fabrication de la gamme de machines HÉLIOT a progressivement été transférée à Istanbul, en Turquie. La marque et son savoir-faire industriel ont ainsi continué à être exploités dans le domaine des machines de finition pour chaussettes et articles tricotés.

La société française Héliot International SA a par la suite été placée en liquidation, puis la procédure a été clôturée pour insuffisance d’actif en octobre 2017. La marque HÉLIOT demeure néanmoins présente à l’international et ses machines continuent d’être commercialisées depuis la Turquie.

L’appel public à l’épargne de 1995 n’a donc pas assuré la pérennité définitive de la société française, mais il a permis une reprise de l’activité, la préservation temporaire d’une partie des emplois et la continuation internationale de la marque et de son savoir-faire.
Mémoire de l’opération

Sources et archives

Documents, publications et archives permettant de retracer l’opération et son contexte historique.

Article sur l’introduction en Bourse du constructeur de machines textiles HÉLIOT en 1987
Article d’Investir du 26 octobre 1987 consacré à l’introduction de Maurice Héliot SA au Hors Cote de Nancy
press 26/10/1987
Investir

Heliot : des machines pour le textile au hors-cote

Transcription
HELIOT : DES MACHINES POUR LE TEXTILE AU HORS-COTE

La société Maurice Heliot SA a été inscrite au hors-cote à Nancy le 21 octobre. La première cotation aura lieu ce lundi. 30 % du capital sont offerts au public au prix de 115 F, chiffre qui capitalise 8,5 fois le bénéfice net par action prévu pour 1987 (13,20 F). À ce cours, la capitalisation boursière atteindra 7 millions.

Heliot est spécialisée dans la fabrication de machines pour la bonneterie destinées à la finition des articles chaussants et du tricot tubulaire grand diamètre. Un chiffre d’affaires de 80 millions a été réalisé en 1987, soit 2 % du volume d’affaires des entreprises françaises de machines pour le textile.

Deux filiales sont contrôlées à 100 % : Continentale Textile, chargée de la commercialisation des produits, et Heliot Corporation, qui assure depuis 1984 le service après-vente (une des priorités de l’entreprise) aux États-Unis où Heliot connaît une forte croissance.

La société, qui est un des premiers constructeurs mondiaux de sa branche, réalise 80 % de son chiffre d’affaires à l’exportation, dans un marché très éclaté.

L’endettement d’Heliot est considérable : il représente neuf fois les capitaux propres. L’apport de fonds extérieurs grâce à l’inscription en Bourse devrait permettre une amélioration de ce ratio.

Le résultat net pourrait atteindre 1,7 million en 1988, soit 27 F par action. La rentabilité s’accroît fortement : la progression du chiffre d’affaires, faible ces dernières années, devrait s’accélérer, les dirigeants espérant un volume d’affaires de 97 millions pour 1989, sans compter un contrat possible avec l’Union soviétique.

Une augmentation de capital est prévue pour le printemps 1988.
Appel public à l’épargne organisé en 1995 par CiiB pour sauver le constructeur de machines textiles HÉLIOT
Article du Figaro du 20 avril 1995 consacré à l’appel public à l’épargne supervisé par CiiB pour reprendre l’activité d’HÉLIOT
press 20/04/1995
Le Figaro

Héliot : un appel au marché pour ne pas disparaître

Transcription
HÉLIOT : UN APPEL AU MARCHÉ POUR NE PAS DISPARAÎTRE

Un appel public à l’épargne a été organisé pour sauver cette entreprise de fabrication de machines textiles en liquidation. Une première en France.

D’habitude, les actionnaires minoritaires se plaignent d’être mis à l’écart lors d’une augmentation de capital destinée à remettre sur pied une entreprise en difficulté dont on espère un retour aux bénéfices dans les prochaines années.

Cela ne sera pas le cas pour Héliot qui, inscrite au hors-cote et placée en liquidation judiciaire le 3 avril dernier par le tribunal de commerce de Troyes (Aube), fabrique depuis 102 ans des machines destinées à l’industrie textile.

APPEL AU PUBLIC

« C’est, au contraire, au public que l’on fait appel et non à un repreneur professionnel », souligne Jean Salwa, président de Conseil en ingénierie pour l’introduction boursière (CIIB), qui supervise l’opération.

De fait, c’est par un appel public à l’épargne, lancé le 12 avril et s’achevant le 30 avril, que l’on espère sauver l’entreprise.

Une société holding, créée pour l’occasion et amenée à contrôler à 100 % la nouvelle société d’exploitation Héliot, propose ainsi à la souscription 60 000 actions au prix unitaire de 100 francs.

Avec ces 6 millions espérés, la holding compte reprendre, pour 350 000 francs, les actifs d’exploitation de la société en liquidation et consacrer le solde à la constitution de ses capitaux permanents (capital et compte courant).

« GESTION LAXISTE ET ENDETTEMENT TROP LOURD »

La société avait dû déposer son bilan le 12 octobre 1992 en raison d’une « gestion laxiste et un endettement trop lourd », explique Jean Salwa.

Fin 1992, la dette atteignait 87 millions, ramenée à 79 millions en 1993 et 77 millions l’an dernier.

Le tout sur un chiffre d’affaires passé de 80,5 millions en 1992 à près de 48 millions attendus en 1994.

Les pertes, de 50 millions en 1992, devenant atteindre 981 000 francs en 1994, après les 4,6 millions affichés en 1993. Au premier trimestre de cette année, les ventes se sont élevées à 10 millions de francs, ce qui amène Jean Salwa à estimer le chiffre d’affaires annuel à 32 millions, soit un recul de 18 %.

Aujourd’hui, il reste 380 actionnaires et, au moment de la clôture des souscriptions le 12 octobre 1992, le titre valait encore 87 francs, contre un cours d’une option de 120 francs. Il s’agit donc de convaincre ces actionnaires de rester, d’en attirer d’autres, ainsi que les salariés, qui « sont les bienvenus », bien qu’un plan social prévoyant le départ de 40 personnes supplémentaires soit prévu.

AVERTISSEMENT DE LA COB

Cette opération, qui est la première de son genre en France, a obtenu le visa de la Commission des opérations de bourse.

L’avis assorti évidemment d’un avertissement mettant en garde les éventuels souscripteurs contre les « risques financiers substantiels » et contre l’« aspect inhabituel » des comptes, « qui ne n’ont pas connu de contrôle ».

Le gendarme de la Bourse précise encore que : « Dans ces conditions, la société ne serait pas en mesure, dans un délai d’un an suivant la clôture des souscriptions, la résolution des fonds, aux souscripteurs sera effectuée immédiatement et sans délai. »

B. P.
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