press
20/04/1995
Le Figaro
Héliot : un appel au marché pour ne pas disparaître
Transcription
HÉLIOT : UN APPEL AU MARCHÉ POUR NE PAS DISPARAÎTRE
Un appel public à l’épargne a été organisé pour sauver cette entreprise de fabrication de machines textiles en liquidation. Une première en France.
D’habitude, les actionnaires minoritaires se plaignent d’être mis à l’écart lors d’une augmentation de capital destinée à remettre sur pied une entreprise en difficulté dont on espère un retour aux bénéfices dans les prochaines années.
Cela ne sera pas le cas pour Héliot qui, inscrite au hors-cote et placée en liquidation judiciaire le 3 avril dernier par le tribunal de commerce de Troyes (Aube), fabrique depuis 102 ans des machines destinées à l’industrie textile.
APPEL AU PUBLIC
« C’est, au contraire, au public que l’on fait appel et non à un repreneur professionnel », souligne Jean Salwa, président de Conseil en ingénierie pour l’introduction boursière (CIIB), qui supervise l’opération.
De fait, c’est par un appel public à l’épargne, lancé le 12 avril et s’achevant le 30 avril, que l’on espère sauver l’entreprise.
Une société holding, créée pour l’occasion et amenée à contrôler à 100 % la nouvelle société d’exploitation Héliot, propose ainsi à la souscription 60 000 actions au prix unitaire de 100 francs.
Avec ces 6 millions espérés, la holding compte reprendre, pour 350 000 francs, les actifs d’exploitation de la société en liquidation et consacrer le solde à la constitution de ses capitaux permanents (capital et compte courant).
« GESTION LAXISTE ET ENDETTEMENT TROP LOURD »
La société avait dû déposer son bilan le 12 octobre 1992 en raison d’une « gestion laxiste et un endettement trop lourd », explique Jean Salwa.
Fin 1992, la dette atteignait 87 millions, ramenée à 79 millions en 1993 et 77 millions l’an dernier.
Le tout sur un chiffre d’affaires passé de 80,5 millions en 1992 à près de 48 millions attendus en 1994.
Les pertes, de 50 millions en 1992, devenant atteindre 981 000 francs en 1994, après les 4,6 millions affichés en 1993. Au premier trimestre de cette année, les ventes se sont élevées à 10 millions de francs, ce qui amène Jean Salwa à estimer le chiffre d’affaires annuel à 32 millions, soit un recul de 18 %.
Aujourd’hui, il reste 380 actionnaires et, au moment de la clôture des souscriptions le 12 octobre 1992, le titre valait encore 87 francs, contre un cours d’une option de 120 francs. Il s’agit donc de convaincre ces actionnaires de rester, d’en attirer d’autres, ainsi que les salariés, qui « sont les bienvenus », bien qu’un plan social prévoyant le départ de 40 personnes supplémentaires soit prévu.
AVERTISSEMENT DE LA COB
Cette opération, qui est la première de son genre en France, a obtenu le visa de la Commission des opérations de bourse.
L’avis assorti évidemment d’un avertissement mettant en garde les éventuels souscripteurs contre les « risques financiers substantiels » et contre l’« aspect inhabituel » des comptes, « qui ne n’ont pas connu de contrôle ».
Le gendarme de la Bourse précise encore que : « Dans ces conditions, la société ne serait pas en mesure, dans un délai d’un an suivant la clôture des souscriptions, la résolution des fonds, aux souscripteurs sera effectuée immédiatement et sans délai. »
B. P.